Commentaire trimestriel sur les marchés: Premier trimestre 2026
L’économie canadienne se trouvait déjà dans une situation précaire avant le déclenchement du conflit armé dans le golfe Persique, la fermeture du détroit d’Ormuz et les perturbations de l’offre et des prix sur les marchés mondiaux des matières premières énergétiques et de leurs dérivés.
L’activité économique réelle s’est contractée au quatrième trimestre de 2025, et la croissance économique semblait extrêmement atone au début de l’année 2026. Il est important de noter que la diminution des stocks des entreprises a été un facteur clé de la faiblesse observée au quatrième trimestre et que la demande intérieure semblait en réalité solide. Toutefois, l’absence de reconstitution des stocks pourrait refléter un manque de confiance des entreprises, tandis que les marchés du travail ont montré des signes de faiblesse. Dans l’ensemble, le manque de vigueur des données économiques canadiennes a régulièrement surpris malgré un contexte mondial en amélioration.
À la fin du mois de février, la Banque du Canada a maintenu son taux directeur au jour le jour, dans l’espoir que la croissance commence à s’accélérer à l’issue de son dernier cycle d’assouplissement, une perspective qui se reflétait dans les anticipations de marché concernant la politique de taux d’intérêt de la Banque du Canada. La décision de la Cour suprême des États-Unis contre les droits de douane du « Jour de la libération » de l’administration Trump, en vertu de la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux (The International Emergency Economic Powers Act), a également offert une lueur d’espoir, bien que l’administration s’efforce de trouver d’autres justifications juridiques pour ses droits de douane et que la renégociation en milieu d’année de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique se profile toujours à l’horizon.
En tant que grand producteur d’énergie et exportateur net, le Canada (à l’instar d’une grande partie de l’hémisphère occidental) est bien mieux protégé contre le choc du détroit d’Ormuz que les pays d’Asie, d’Afrique et d’Europe. Il en va de même pour les pertes humaines et les dommages aux infrastructures découlant du conflit. Toutefois, étant donné que le pétrole brut et plusieurs produits de base connexes ont tendance à être soumis à la loi du prix unique, les entreprises et les consommateurs canadiens sont déjà contraints de faire face à une hausse des prix de l’essence et d’autres produits (le prix du gaz naturel constitue pour l’instant une exception bienvenue). Ces hausses de prix commenceront certainement à se répercuter sur l’inflation globale au cours des mois à venir et, si les pénuries d’approvisionnement persistent, ces pressions pourraient inverser une partie des progrès réalisés en matière d’inflation sous-jacente (qui exclut les prix plus volatils de l’énergie et des denrées alimentaires). Le risque de stagflation, soit une inflation plus élevée dans un contexte de croissance faible ou en perte de vitesse, place la Banque du Canada et de nombreuses autres banques centrales dans une position très difficile.
Lors de la dernière conférence de presse qui a suivi la réunion de politique monétaire de la Banque du Canada, le 18 mars, le gouverneur Tiff Macklem s’est montré très clair quant au niveau accru d’incertitude auquel est désormais confronté le Conseil de direction de la Banque du Canada. Il a fait remarquer que, bien que la hausse des prix de l’énergie se traduise par des conditions financières s’étaient resserrées et « les goulots d’étranglement causés par la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz pourraient aussi se répercuter sur l’approvisionnement en produits de base non énergétiques, comme les engrais.... L’incertitude est grande. Le commerce et la situation géopolitique demeurent des zones d’ombre, et le conflit au Moyen-Orient a élargi l’éventail des issues possibles. » La Banque du Canada a déjà anticipé une inflation plus élevée et une croissance plus lente, et nous suivrons de près la mise à jour de son prochain Rapport sur la politique monétaire fin avril pour voir comment ses prévisions évoluent. Pour l’instant, les marchés parient que la Banque du Canada, à l’instar d’un certain nombre de ses homologues, sera contrainte de resserrer sa politique monétaire en 2026.
Les investisseurs canadiens peuvent-ils se raccrocher à une lueur d’espoir ? Nous en voyons quelques-unes, mais elles s’accompagnent de réserves importantes. Comme nous l’avons déjà mentionné, bien que le produit intérieur brut (PIB) se soit contracté au quatrième trimestre, la demande intérieure semblait suffisamment solide. Cependant, les récentes enquêtes de confiance auprès des consommateurs et du secteur des services se sont révélées particulièrement moroses. Heureusement, les enquêtes de confiance sont rarement un indicateur fiable de l’activité future.
Pour ce qui est du marché du travail, la hausse du chômage est presque entièrement imputable aux travailleurs de la tranche d’âge des 15 à 24 ans, et l’écart entre le taux de chômage des jeunes et celui des personnes âgées de 25 ans et plus se situait au 98e percentile de sa distribution historique en février. Si un taux de chômage élevé chez les jeunes n’est pas une bonne chose, il n’est pas non plus nécessairement le signe d’une récession imminente, bien qu’il soit difficile de se prononcer sur la probabilité d’une récession en temps normal, cela l’est d’autant plus dans le contexte actuel marché par l’incertitude liée à la guerre et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Il est encourageant de constater que le chômage chez les travailleurs adultes reste inférieur à sa moyenne à long terme.
Enfin, le dollar canadien s’est raisonnablement bien maintenu depuis le début des hostilités dans le golfe Persique. Comme le montre le Tableau 5, les fluctuations par rapport au dollar américain ont largement reflété les vulnérabilités des importateurs nets d’énergie, et le Canada est relativement à l’abri de ce phénomène.
Les actions canadiennes ont encore mieux résisté que le dollar canadien. Les indices S&P/TSX composé et TSX des petites capitalisations ont surperformé les grandes capitalisations américaines (telles que mesurées par l’indice S&P 500) depuis le choc du « Jour de la libération », il y a environ un an. La forte présence des secteurs des métaux, des mines et de l’énergie sur les marchés canadiens a clairement été favorable pour les portefeuilles des investisseurs.
Aussi difficiles que puissent paraître les perspectives relatives à l’économie, à l’inflation et aux taux d’intérêt, tout n’est pas noir. Malheureusement, les investisseurs et les décideurs politiques canadiens devront, à l’instar de leurs homologues à travers le monde, adopter une attitude attentiste face aux bouleversements actuels causés par le conflit entre l’Iran, Israël et les États-Unis. Ce conflit a certes accru le risque d’une inflation plus élevée et d’un ralentissement de la croissance à court terme. Mais de nombreux scénarios très différents restent envisageables, et il est impossible d’évaluer la probabilité de chacun d’entre eux avec un degré de certitude élevé.
S’il est compréhensible que les réactions émotionnelles face aux événements géopolitiques soient difficiles à maîtriser, le fait de détenir un portefeuille diversifié, bien adapté à ses objectifs et à sa situation, reste tout à fait à la portée de chaque investisseur. Pour l’instant, le meilleur conseil que nous puissions vous donner est de vous accrocher : 2026 pourrait être une autre année intéressante au sein d’une décennie très intéressante.
Le déclenchement des hostilités au Moyen-Orient constitue le plus récent test pour les investisseurs et le marché dans son ensemble, alors que les craintes d’un conflit prolongé font planer les spectres de la stagflation, de la récession et d’un marché baissier. La probabilité de tous ces scénarios s’est manifestement accrue, car les perturbations de l’approvisionnement en pétrole, en engrais, en hélium et en autres matières premières essentielles étendent la portée de ce conflit bien au-delà du secteur énergétique pour toucher d’autres secteurs cruciaux de l’économie mondiale, dont l’agriculture et la production de semi-conducteurs.
Si cette guerre a débuté comme un conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, la décision du régime iranien de prendre pour cible ses voisins du Golfe dans le cadre de frappes de représailles, ainsi que le rôle vital que joue le détroit d’Ormuz dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment en Asie, souligne qu’il est dans l’intérêt de la majorité des pays du monde de parvenir à un règlement le plus tôt possible. Plus le détroit restera fermé longtemps, plus le risque de conséquences négatives pour les marchés et l’économie sera élevé, car l’ampleur totale des perturbations de l’approvisionnement est nettement supérieure à celle de tout conflit antérieur dans la région. De plus, les frappes ciblées contre les infrastructures à travers le Moyen-Orient constituent un autre facteur imprévisible susceptible d’étendre les conséquences de cette guerre bien au-delà de toute fin officielle des hostilités, car le rétablissement de l’approvisionnement prendra tout simplement du temps.
Malgré tous ces défis, une résolution à court terme constitue toujours notre scénario de bas, ce qui laisse penser que cette économie mondiale résiliente évitera une récession. Il convient notamment de noter que le monde est aujourd’hui nettement moins dépendant de l’énergie qu’il ne l’était lors des conflits précédents. En effet, il faut aujourd’hui environ deux fois moins de pétrole pour produire 1000 dollars de produit intérieur brut (PIB) par rapport à la première guerre du Golfe. En revanche, le rôle extrêmement critique du détroit d’Ormuz dans l’économie mondiale ne doit pas être sous-estimé. Ce détroit relativement peu large assure le transit de 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole et est soumis aux caprices du régime iranien depuis 47 ans. La fragilité de cette situation est, pour être franc, intenable, et une résolution de ce conflit, qui permettrait notamment à l’économie mondiale de ne plus être prise en otage par les chocs d’approvisionnement potentiels d’un acteur hostile, constituerait un résultat extrêmement positif.
Nous restons optimistes dans nos perspectives sur les actions, compte tenu de notre point de vue actuel, notamment d’une résolution à court terme du conflit et de la résilience persistante de l’économie et des bénéfices des entreprises. Nous continuons de privilégier la gestion active, compte tenu de la situation instable au Moyen-Orient et de la dispersion accrue des cours boursiers. Nous mettons particulièrement l’accent sur une approche axée sur la valeur et tablons sur une surperformance continue jusqu’à la fin de l’année. De plus, nous continuons de trouver les marchés émergents particulièrement intéressants en fonction des valorisations et de l’effet de levier global par rapport à une économie mondiale que nous estimons toujours en croissance. Parallèlement, les tensions actuelles suscitent le plus d’inquiétudes en Europe, compte tenu de l’impact économique potentiellement disproportionné de la hausse des coûts énergétiques.
Les marchés des titres à revenu fixe ont été particulièrement volatils en mars, les rendements à court terme ayant chuté de manière spectaculaire en raison des craintes inflationnistes liées à la hausse des prix de l’énergie et des anticipations d’un resserrement de la politique monétaire. Au début de l’année, les marchés américains tablaient sur deux baisses de taux d’intérêt en 2026, qui sont désormais totalement exclues des prévisions. Ailleurs, les investisseurs s’attendent désormais à plusieurs hausses de taux, notamment de la part de la Banque d’Angleterre et de la Banque centrale européenne. Nous estimons que l’ampleur de ce mouvement des rendements est quelque peu exagérée, car les responsables de la politique monétaire ne manqueront pas de constater que des taux au jour le jour plus élevés ne permettront pas de rouvrir le détroit d’Ormuz. Néanmoins, avec une inflation supérieure à la plupart des objectifs et en hausse, nous nous attendons à ce que la plupart des banques centrales adoptent une position plus restrictive à court terme. Les rendements à deux ans semblent attractifs à ces niveaux, en particulier aux États-Unis.
Les marchés du crédit ont continué à assimiler les inquiétudes liées au crédit privé, les sociétés de logiciels étant devenues les dernières « coquerelles » à faire surface. Les écarts de taux dans ce secteur se sont creusés, l’avenir du logiciel dans un monde dominé par l’IA étant remis en question. La fermeture de quelques fonds de crédit privé de détail très en vue a également fait la une des journaux au cours du trimestre, les investisseurs se précipitant vers la sortie. Bien que nous estimions que le crédit privé doive subir une correction, nous sommes convaincus que celle-ci sera relativement isolée. Nous ne voyons tout simplement pas de contagion systémique dans cette situation ni de reflet de l’endettement et de l’ampleur observés lors de la crise financière mondiale. Par conséquent, tout en conservant notre position défensive sur les marchés du crédit, nous sommes impatients de tirer parti des occasions offertes par cet élargissement général des écarts.
L’exposition aux matières premières a constitué un point fort du trimestre, les indices élargis ayant clôturé la période en hausse de près de 25 %. Si le secteur de l’énergie a été le principal moteur de cette remontée, l’agriculture (notamment le blé et le soja) et les métaux (notamment l’aluminium) ont tous enregistré des hausses substantielles au cours du trimestre. Les métaux précieux affichent une performance positive depuis le début de l’année, mais ont souffert en mars, le momentum de l’or et de l’argent s’étant inversé de manière spectaculaire. Les matières premières ont constitué une position stratégique et tactique clé, et nous restons optimistes quant à une exposition globale. Bien que nous estimions probable une fin du conflit à court terme, la fermeture du détroit et les dommages causés aux infrastructures ne peuvent être réparés immédiatement ; par conséquent, nous prévoyons que les prix de l’énergie resteront élevés en 2026 après la guerre. De plus, nous estimons que la correction de l’or semble exagérée, car nous anticipons une reprise de la demande tant de la part des investisseurs que des banques centrales.
Le dollar canadien s’est affaibli pour s’établir à 1,40 $ CA par dollar américain. Le dollar américain s’est raffermi par rapport aux autres grandes devises mondiales. Il a terminé le mois de mars à 1,15 $ US contre l’euro, à 1,32 $ US contre la livre sterling et à 159,90 yens.
1 Selon l’ONS. 25 mars 2026.
2 Selon l’ONS. 31 mars 2026.
3 Selon Eurostat. 31 mars 2026.
4 Selon Eurostat. 6 mars 2026.
Glossaire et définitions des indices
Pour les définitions des termes financiers et des indices, veuillez consulter : https://www.seic.com/ent/imu-communications-financial-glossary
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