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Mar
16
2011

Japon : trop tôt pour dresser un bilan

Par Unité de Gestion de portefeuilles SEI

Depuis le 10 mars, le Japon a enduré un enchaînement de catastrophes : une série de tremblements de terre, un tsunami et plusieurs défaillances de réacteurs nucléaires. L'heure est encore à l'évaluation des pertes que représente cette tragédie en vies humaines, en dégâts matériels et en résultats économiques. Il faudra un certain temps avant de mesurer clairement l'ampleur de la catastrophe et ses conséquences.

Les dégâts matériels et les pertes humaines

La troisième économie mondiale a été frappée par un tremblement de terre d’une magnitude de 9.0 le 10 mars (et d'après le U.S. Geological Survey, il a été précédé d’un séisme de magnitude 7.2 dans la même région la veille). La secousse a provoqué un tsunami dont les vagues ont atteint dix mètres de haut, décimant les viles côtières et endommageant la centrale nucléaire de Fukushima située à environ 200 kilomètres au nord de Tokyo. À la suite des dégâts subis par les systèmes de refroidissement, trois des réacteurs de la centrale risquent de partir en fusion, et des gaz radioactifs ont été libérés dans l’air.

Le bilan humain officiel ne cesse d’augmenter, et les chiffres officieux avancés par la préfecture de Miyagi (qui a été la plus durement touchée par la catastrophe) font état de 10 000 victimes. Le nombre définitif ne sera pas connu avec certitude avant un certain temps. En outre, les survivants endurent de sévères privations. D'après le gouvernement japonais, plus d'un million de ménages sont privés d'électricité et d'eau courante, et des milliers de personnes attendent toujours les secours.

De plus, des centaines de milliers de personnes sont hébergées dans des refuges d’urgence et des pénuries de fioul de chauffage sévissent alors que les perspectives météorologiques s'avèrent glaciales1.

Les dégâts économiques

À la suite des dégâts infligés aux ports et aux autres infrastructures, y compris à la production et à la distribution d'électricité, nous tablons sur une baisse du produit intérieur brut (PIB) à court terme; les estimations actuelles prévoyant une perte pouvant aller de moins de un pour cent à plus de deux pour cent. La reconstruction devrait aider la reprise de l’activité économique et ses répercussions immédiates sur la politique budgétaire et monétaire devraient également créer des conditions favorables. La catastrophe va probablement sortir le gouvernement japonais d’une impasse budgétaire et semble également avoir donné un second souffle aux mesures d’assouplissement quantitatif prévues par la Banque du Japon (banque centrale japonaise, équivalent de la Réserve fédérale aux États-Unis). Ceci permettrait dans une large mesure de stimuler la hausse du PIB à long terme. Toutefois, d’autres voies discordantes soulignent que les coûts réels à long terme engendrés par les dommages pourraient être plus importants. Reste donc à savoir si la catastrophe aura engendré à long terme des gains ou des pertes nettes de PIB.

Les dégâts matériels sont de toute évidence une source préoccupation pour les propriétaires et les assureurs. Les dernières prévisions estiment la valeur des biens immobiliers assurés dans les quatre préfectures les plus touchées à 300 milliards de dollars, les risques qu'assument les assureurs et les réassureurs sont colossaux. Dans une situation qui rappelle l’effondrement du marché du crédit en 2008, les événements au Japon semblent dépasser toutes les prévisions avancées par les modèles de risque couramment utilisés2. Toutefois, d’autres analystes font remarquer que l'organisme public japonais de réassurance relative aux dommages liés aux tremblements de terre (Japanese Earthquake Reinsurance) assure une grande partie des biens immobiliers résidentiels des particuliers et que le pourcentage des sinistres assurés par rapport au total des sinistres au Japon est depuis longtemps largement inférieur à la moyenne des autres nations industrialisées dans le cas de séismes3. Il est intéressant de noter que, tandis que les titres de certains grands assureurs et réassureurs ont été durement touchés à la suite des nouvelles du week-end, les écarts de crédit de ces sociétés ne semblent pas en être affectés pour l'heure, bien que l'incertitude règne pour l’instant à leur égard.

Les répercussions sur les marchés financiers

Les événements catastrophiques au Japon ont eu et auront des répercussions sur le marché des devises, le marché obligataire, le marché des actions et le marché de l'énergie. Sur le marché des devises, toute l'attention se concentre actuellement sur le yen, qui s'est renforcé depuis vendredi. En effet, le secteur privé japonais procède actuellement au rapatriement de capitaux financiers en vue de financer la reprise, alors que, simultanément, les ménages et les entreprises cherchent à accroître leurs liquidités. La situation n'est pas sans rappeler l'année 1995, lorsque le yen s'était apprécié de 20 % dans le sillage du grand tremblement de terre de Hanshin, particulièrement destructeur. Une poursuite du raffermissement du yen pourrait nuire aux exportations et à l'économie japonaises. Toutefois, à la différence du séisme de 1995, la Banque du Japon était déjà prête avant le séisme à s’engager dans une politique d’assouplissement quantitatif prévoyant d’acheter divers actifs financiers au secteur privé en échange de yens fraîchement émis. Cette initiative devrait compenser dans une certaine mesure la hausse de la demande de yens (reste à déterminer dans quelle mesure exacte) et devrait soutenir la hausse du PIB et du prix des actifs.

Le marché boursier au Japon a massivement liquidé ses positions le premier jour de l'ouverture des marchés qui a suivi le tremblement de terre. Cette situation rappelle également les événements de 1995, lorsque l'indice Topix s'était effondré de plus de 20 % dans la semaine suivant le séisme. Toutefois, le marché était alors parvenu à essuyer ses pertes en moins de deux semaines. Mais surtout, pour les investisseurs, les actions japonaises sont beaucoup moins chères aujourd’hui qu’elles ne l’étaient en 1995. Le ratio cours-bénéfice se situe actuellement entre 13 % et 16 %, alors qu'il dépassait les 70 % en 1995 et le ratio cours-valeur actuel est de moitié inférieur à celui de l'époque. Les investisseurs en actions japonaises pourraient se retrouver en difficulté dans les prochains jours, tout en étant dans une bien meilleure posture qu'en 1995, où le Nikkei 225 était deux fois plus élevé qu'actuellement et considérablement plus cher par rapport aux actifs et aux gains.

Sur le marché à revenu fixe, on a observé une légère fuite vers la qualité, même si le rendement des obligations du gouvernement était déjà faible avant la crise; toutefois, les marchés du crédit ont été beaucoup moins volatiles que les marchés des actions. Il sera important d’observer l’évolution des taux du crédit aux entreprises et à l'industrie dans les prochains jours et prochaines semaines, au fur et à mesure que les marchés intègreront toutes les informations en provenance du Japon.

En outre, on s’attend à ce que les événements au Japon aient une incidence sur les marchés des produits de base; toutefois, en ce qui concerne le marché des devises, les perspectives restent incertaines. La chute de l’activité économique devrait exercer des pressions à la baisse sur le prix du pétrole brut. Cependant, les déboires des réacteurs de Fukushima vont probablement alimenter la peur de l’énergie nucléaire, ce qui risque de faire gonfler la demande de pétrole et de gaz naturel à long terme.

Les fonds de SEI

En règle générale, nos positions japonaises sont sous-pondérées et nous n'avons pas l'intention d'en changer. Voici les expositions au Japon des fonds SEI Canada par rapport à l'indice de référence :

Figure 1 : Fonds d’actions SEI – Exposition au Japon par rapport à l’indice de référence en date du 11/03/2011

Fonds d’actions Indice de référence Fonds Indice Écart
Fonds d’actions EAEO MSCI EAEO 18,73 % 21,99 % -3,27 %
Source : FactSet, SEI

L’avis de SEI

Il faut s'attendre à court terme à une volatilité des marchés financiers qui se poursuivra tant que toute la lumière n'aura pas été faite sur l'ampleur du désastre et ses répercussions. L'interruption de la chaîne d’approvisionnement mondiale, les craintes à l'égard de l'énergie, l'impact environnemental, les mesures gouvernementales et un certain nombre d'autres facteurs seront déterminants dans les semaines à venir. À long terme, nous n'envisageons pas que la tragédie au Japon perturbe la reprise économique mondiale.

 

1 Stuart Biggs, Tsuyoshi Inajima et Aaron Sheldrick, « Japan Battles Nuclear Meltdown as Millions Are Without Power », Bloomberg Online, 14 mars 2011, < http://www.bloomberg.com/news/print/2011-03-13/japan-tries-to-contain-nuclear-leak-as-earthquake-death-toll-may-top-1-400.html>, consulté le 14 mars 2011.

2 Ben Berkowitz, « “Unexpected Nature” of Japan Quake Complicates Insured Loss Estimates », Claims Journal Online, 14 mars 2011, <http://www.claimsjournal.com/news/international/2011/03/14/180791.htm>, consulté le 14 mars 2011.

3 Birgit Roper-Gruner et Emmanuelle Cales, « Munich RE : Sailing hard into the wind » Société Générale Cross Asset Research, 14 mars 2011.

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